D’ici la fin de l’année, les prix immobiliers dans l’ancien auront reculé de 7% par rapport à leur pic de 2011. Mais dans certaines zones rurales, la chute est bien plus spectaculaire.

Immobilier

Lundi 8 mars au matin, Manuel Valls a annoncé au congrès de la Fnaim, qui rassemble environ 13.000 agents immobiliers, plusieurs mesures de simplification des transactions immobilières. Mais rien de révolutionnaire. Révélateur de son impuissance face à la crise du secteur, essentiel pour la croissance et… l’emploi.

C’est la troisième année d’affilée que le logement est en recul: les prix dans l’ancien en France devraient encore baisser de 1,9% cette année, ce qui portera à 7% la chute des prix depuis le pic de 2011. « La nouveauté, c’est que si la baisse reste contenue entre -3 à -5% dans les agglomérations, elle atteint 10 à 15% dès qu’on s’éloigne de 20 kilomètres des villes », explique le
président du Conseil supérieur du notariat, Pierre-Luc Vogel. Et en pleine campagne, c’est pire: « On vend des maisons à 15.000 euros dans le Cher », témoigne ce notaire. Le nombre des transactions aussi diminue: dans l’ancien, les ventes devraient atteindre tout juste 725.000 unités cette année, contre une moyenne de 800.000 entre 2000 et 2011. Et dans le neuf, en deux ans, les ventes d’appartements ont baissé d’un tiers, celles de maisons, de moitié!

Gains de place

Jusqu’ici, chaque baisse des prix avait fait revenir les acheteurs, comme en 2008-2009. Cela avait suscité un rebond des ventes, qui avait lui-même fait repartir les prix: +40% sur Paris et sa banlieue en 2010-2011. La baisse actuelle aurait d’autant dû relancer le marché que les taux des crédits ont baissé d’un demi-point en un an, et que le pouvoir d’achat immobilier des ménages s’est amélioré. […] Pourtant, les transactions restent au point mort.

Est-ce le début de l’éclatement de la « bulle » de l’immobilier ? Après tout, les prix de la pierre ont progressé de 70% de plus que les revenus. Et la France n’a pas subi de krach immobilier, comme en Grande-Bretagne, aux USA et en Espagne. […] En France, rien de tel avec des banques prudentes, frileuses mêmes. Les transactions répondent donc à d’autres lois que le crédit facile.
Notamment au moral des ménages. Or, assure Pascal Beuvelet, président du réseau de courtiers en prêts immobiliers In Fi, « le sentiment général ne pousse pas à se lancer dans un achat qui engage sur une vingtaine d’années ».

La conséquence? Les Français ne bougent plus. Les propriétaires ne vendent que lorsqu’ils y sont obligés. Et les locataires n’espèrent plus devenir, un jour, propriétaires. « Leur mobilité résidentielle est passée de 28,3 en 2007 à 23,8%. C’est une baisse sans précédent », constate Michel Mouillart, professeur à l’université de Paris Ouest. L’acheteur est devenu… un oiseau rare. Tout naturellement, les professionnels s’attendent donc à une poursuite de la baisse des prix l’an prochain, mais en pente douce. Manuel Valls, aura bien du mal à relancer la machine, lui qui, ce matin, s’est donné comme objectif de « lever toutes les incertitudes qui retardent les mises en œuvre de projets »…

Éric Tréguier
Source : Challenges