Alors que la hausse des prix de l’immobilier marque le pas, la question de savoir s’il vaut mieux acheter ou louer son logement se pose. Deux camps s’affrontent, mais qui a raison ?

Notre article sur les personnes faisant le choix de rester locataires a suscité bien des débats. Tout d’abord un grand merci à ceux qui par leurs témoignages ont enrichi ce sujet. S’il semblerait que de plus en plus de personnes partagent l’avis des « pro-location », il y a néanmoins toujours du monde du côté des « pro-achat ».

Ces derniers ne manquent d’ailleurs pas d’arguments pour tenter de convaincre les « irresponsables locataires ». S’ils ont peut-être eu raison, à une époque, ce n’est plus forcément le cas aujourd’hui. Ou en tout cas leurs arguments ne s’appliquent pas à tous.

Et nous allons essayer de vous expliquer ici pourquoi l’achat n’est pas toujours la meilleure solution.

Des idées reçues tenaces

Premier argument incontournable du pro-achat : louer, c’est jeter son argent par les fenêtres. « Je ne vois pas comment payer un loyer dans le vide est plus rentable » ou « Être locataire, c’est enrichir quelqu’un d’autre » a-t-on pu lire à plusieurs reprises dans vos commentaires.

Il faut alors rappeler que la mensualité versée chaque mois par le propriétaire pour rembourser son prêt est à la fois composée de capital mais aussi d’intérêts, qui enrichissent le banquier, au même titre que le loyer enrichit le propriétaire. Par ailleurs, pour ce qui est du capital, rien ne dit que le propriétaire le détient véritablement. En effet, en cas de baisse des prix, il ne récupèrera pas forcément la totalité de ce qu’il aura versé. Par ailleurs, au rayon des sommes « jetées par les fenêtres », pour le propriétaire, il y a les charges, la taxe foncière et les travaux. Sans oublier les frais de notaire, qui ont encore augmenté récemment. Pour un bien de 200 000 euros par exemple, ils s’élèveront à plus de 15 000 euros. Soit de quoi payer quelques loyers…

En résumé, cet argument est tout à fait valable en période de hausse des prix, mais beaucoup moins certain lorsque ces derniers sont orientés à la baisse.

Rester locataire sans hypothéquer sa retraite

Second argument : avoir un toit pour sa retraite. « Une fois à la retraite, les locataires ne pourront plus payer leur loyer », sont des phrases qui reviennent fréquemment. Évidemment, si l’on considère que le locataire ne met pas d’argent de côté, la situation risque d’être compliquée lorsque ses revenus baisseront. Mais certains – peut-être la majorité – des locataires sont prévoyants. Et placent l’argent qu’ils auraient mis dans des travaux, des charges, des impôts… s’ils avaient acheté. Une fois à la retraite, ces sommes seront disponibles pour les aider à payer leur loyer voire pour acheter. Le propriétaire, lui, aura certes un toit. Mais sera-t-il adapté à sa
nouvelle vie ? S’il veut récupérer l’argent mobilisé dans la pierre pour acheter ou louer autre chose, il devra d’abord revendre. Ce qui, selon la période, n’es pas toujours une mince affaire.

En résumé, cet argument est valable si vous êtes situé dans une ville où les loyers sont très élevés au regard de l’achat, ne vous permettant pas de mettre suffisamment d’argent de côté en restant locataire. Sinon, vous épargnerez peut-être plus en tant que locataire.

Une liberté toute relative

Enfin dernier argument, plus psychologique cette fois : le sentiment de liberté. « je suis bien contente de pouvoir faire ce que je veux chez moi », « en étant locataire on risque d’être mis dehors », martèlent les « pro-achat ». Là encore, cet argument est juste mais pas universel. Tout d’abord, tous les propriétaires ne sont pas réfractaires aux travaux. Bien au contraire : si ces derniers contribuent au bon entretien de leur bien, ils ne verront parfois pas d’inconvénients à faire une remise sur le loyer contre un coup de peinture fait par le locataire. Quant au risque d’être mis dehors, il est quand même très limité si vous payez votre loyer. Par ailleurs, la liberté peut aussi être celle de pouvoir déménager quand on le souhaite. Ce qui est loin d’être si facile quand on doit d’abord vendre son logement. Surtout en ce moment.
En résumé cet argument est très personnel. Certains ont besoin d’être propriétaires pour se sentir en sécurité, tandis que d’autres voient la propriété comme une aliénation. Mais il semblerait que dans une époque où l’on vante la mobilité et l’utilisation plutôt que la détention, les rangs des seconds grossissent.

Virginie Franc Jacob
Source : votreargent.lexpress.fr