Le début de l’année 2015 ressort comme une « période particulièrement difficile pour le bâtiment », d’après les dernières données, révélées ce mardi par la Fédération française du Bâtiment. L’activité poursuit son recul sur tous les segments, s’accompagnant d’une chute de l’emploi et d’une augmentation du nombre de défaillances d’entreprise. Mais un paradoxe persiste : le frémissement d’une reprise se fait sentir du côté des promoteurs, laissant l’espoir gagner les esprits.La reprise annoncée fin 2014 pour le début 2015 n’a finalement pas eu lieu. A la place, la FFB ne peut que constater l’échec de la relance de l’activité sur tous les segments.

Du côté des logements neufs, en glissement annuel sur cinq mois, à fin mai 2015, les logements autorisés, et commencés se replient respectivement de – 8,2 % et – 6,1 %. En rythme annuel, les ouvertures de chantier ressortent ainsi à un peu plus de 333 000 unités.

Hors hôtellerie et locaux agricoles, les glissements annuels sur cinq mois, à fin mai s’établissent à – 13,2 % pour les surfaces planchers autorisés, et de -10,5 % pour les commencés. « Tous les segments concourent à cette chute, et singulièrement la commande publique », précise Jacques Chanut, président de la FFB.

Non redémarrage de l’entretien amélioration

Quant au marché de l’amélioration entretien, la tendance reste également baissière, au dire des chefs d’entreprise. Côté emploi, ce n’est guère plus réjouissant : « le premier trimestre 2015 affiche le plus mauvais score jamais enregistré depuis l’entrée dans la Grande Récession de 2008 », souligne Jacques Chanut. Ainsi, 51 500 postes de travail ont été supprimés dans le bâtiment au premier trimestre 2015 (soit -4,4 %), par rapport au premier trimestre 2014, avec notamment une forte baisse l’emploi intérim, en ETP.

« Nous assistons là à une vraie rupture, liée au non redémarrage de l’activité dans l’amélioration entretien qui représente 55 % de notre activité et qui concerne plus souvent les petites entreprises », analyse Jacques Chanut. « C’est vraiment la surprise et la déception de ce trimestre, car des mesures d’accompagnement fortes ont pourtant été mises en place (TVA à 5,5 %, CITE) mais il faudra peut-être tirer des leçons sur l’impact du décalage entre la mise en place d’une aide et son décret d’application, car cela repousse l’investissement des clients privés. Du coup, peu d’entreprises ont pu résister à ce nouveau coup d’arrêt ».

En effet, les défaillances d’entreprises ont fait un bond de 10 % sur le premier trimestre 2015, concentré sur les petites structures de 1 à 3 salariés. « Les compagnons apportent de la valeur aux entreprises. En cas de crise, c’est la dernière variable ajustable avant la défaillance. C’est dire l’état financier de nos entreprises », indique Jacques Chanut qui y voit le résultat d’un « manque
de perspective et d’un découragement général », les entreprises faisant face à un « problème de rentabilité », en lien avec « la fraude aux travailleurs détachés ».

A ce sujet, le président de la FFB a réitéré son engagement dans la lutte. Il demande notamment « la fin de l’hypocrisie générale des entreprises, maîtres d’ouvrage, maîtres d’œuvre, architectes et des forces de contrôles sur le sujet ». La fraude étant « basée sur les dépassements d’heures » principalement, selon la FFB, « il faut des contrôles des douanes le soir, le week-end et chez les particuliers » et « des sanctions pour tous », pour mettre fin au « sentiment d’impunité qui règne ».

En ce début d’année, « on ne voit rien venir, aucun signe de reprise, sur aucun segment » de l’activité. « C’est un tableau noir que dessinent donc les informations disponibles sur la situation immédiate, en termes de marché comme d’appareil de production », prévient Jacques Chanut.

Un espoir de reprise fin 2015

« Le bâtiment est l’homme malade de l’économie, mais nous gardons espoir », explique Jacques Chanut. Les perspectives « pour la fin 2015 et les perspectives pour l’année 2016 s’avèrent mieux orientées », explique la Fédération.

En matière de logement neuf, le dynamisme du crédit immobilier, les ventes des Cmistes ou des promoteurs devrait conduire à « une hausse des permis de construire et des mises en chantier d’ici l’entrée en hiver », suite à la liquidation de leurs stocks.

Afin de soutenir le secteur, la FFB souhaite de nouveaux engagements « en matière de différés pour le PTZ+ », qui finance majoritairement les opérations de primo-accession dans l’individuel et une mise en place « rapide » du financement de la rénovation énergétique et des équipements publics par le Plan Juncker. « L’annonce en a été faite voilà plus de six mois. Or, le redressement de l’investissement public local, notamment par ce truchement, est urgent », rappelle la FFB.

« Beaucoup d’outils sont là pour faire repartir le neuf et la réhabilitation. La sortie du tunnel est proche mais le milieu du chemin est plus chaotique que prévu. Il faut donc aider les entreprises à passer ce cap. Le redémarrage risque ensuite d’être violent, il faudra donc que les entreprises s’y préparent », conclut Jacques Chanut, président de la FFB.

Claire Thibault
Source : batiweb.com