Se mettre martel en tête d’acheter un logement neuf à prix fort ou ancien en plein centre-ville pour l’habiter n’est pas la meilleure stratégie à suivre selon un agent immobilier bien implanté dans le milieu depuis une trentaine d’années. Mais pourquoi déconseille-t-il l’achat ? Éclairage.

Agent immobilier à Toulouse depuis une trentaine d’année, Pierre Cournac est catégorique : « mieux vaut louer qu’acheter ». Un discours pas banal pour un agent immobilier. Suicidaire même pourraient penser certains. Mais rassurez-vous, malgré sa franchise – ou peut-être grâce à elle – il a toujours du travail. En effet, il sait dissuader les gens d’acheter quand c’est nécessaire. Ou en tout cas d’acheter ce qu’ils envisageaient. « Le neuf par exemple, se vend beaucoup trop cher, assène-t-il. Et de prendre l’exemple d’un jeune couple qui a acheté deux appartements sur plan, situés dans le quartier Saint-Agne à Toulouse, en début d’année. « Un studio pour 115 000 euros et un T3 pour 280 000 euros, hors frais d’agence. Mais depuis, le couple s’est séparé, et souhaite donc revendre ces biens. C’est chose faite pour le studio, mais après avoir consenti à une sérieuse baisse puisqu’il est parti à 94 000 euros frais d’agence inclus seulement. Soit une perte de près de 25 000 euros, sans compter les frais de notaire. Quant au 3 pièces, affiché à 215 000 euros, il ne trouve pas preneur pour l’instant. »

Acheter de l’ancien est-il plus judicieux ? Pas forcément. « Vu leur rareté, les biens situés dans l’ancien historique, en plein centre-ville, ne devraient évidemment pas se dévaloriser. Mais sur un plan strictement financier, il est bien plus intéressant de louer ce type de logement. »

« Je lui ai plutôt conseillé de rester locataire »

Mais alors, n’aurait-on jamais intérêt à acheter ? « Si, répond l’agent immobilier, mais pas forcément sa résidence principale. C’était le cas de cette jeune fille qui est récemment venue me consulter, après avoir hérité de 150 000 euros. Elle souhaitait utiliser cette somme pour acquérir un petit appartement dans le centre. Je lui ai plutôt conseillé de rester locataire, d’autant que son loyer était relativement faible, 600 euros par mois, et d’acheter un bien qu’elle mettrait en location afin de percevoir des loyers et éventuellement de se constituer un apport en vue d’acheter un bien plus tard. Mais attention, il n’était pas du tout question d’acheter un petit studio dans un immeuble ancien. Mais plutôt un bien dans un immeuble des années 60, pas trop cher actuellement et donc ayant moins de risque de se dévaloriser que le neuf. » Quand Pierre Cournac parle d’immeuble de ce type, il ne pense pas à de grosses barres situées dans des zones sensibles, mais plutôt à une petite copropriété, pas trop éloignée du centre. Et de rappeler que ces immeubles, contrairement aux idées reçues, ne sont pas forcément plus gourmands en charges que les autres : « Quand il va falloir refaire les bardages bois ou les toitures végétalisées des immeubles neufs, on réalisera que ces immeubles sont loin d’être plus économes », ironise l’agent immobilier.

Virginie Franc-Jacob
Source : votreargent.lexpress.fr