Le crédit pas cher soutient l’immobilier

[11/04/2016 19h58]
Danièle Guinot

En mars, les taux des crédits immobiliers toutes durées confondues sont tombés à 1,97 % en moyenne, selon l’Observatoire crédit logement.

De mémoire d’emprunteur, on n’a jamais connu d’aussi bonnes conditions d’endettement. En mars, les taux des crédits immobiliers toutes durées confondues sont en effet tombés à 1,97 % en moyenne (hors assurance), selon l’Observatoire crédit logement. Des conditions encore plus favorables que lors du précédent record du printemps 2015 (2,01%). En ce moment, les meilleurs clients (revenus confortables, un solide apport et de l’épargne), décrochent des prêts hors assurance à 1,15% sur 15 ans, 1,41% sur 20 ans et 1,56% sur 25 ans, note Meilleurtaux! Et ce n’est peut-être pas fini, les courtiers anticipant de nouvelles baisses.
Le recul du taux de l’emprunt d’État français à 10 ans, qui sert de référence aux prêts à taux fixe explique bien sûr en grande partie la nette détente (- 0,15%) des crédits immobiliers par rapport au mois de février. Mais la politique monétaire de la BCE a provoqué d’autres effets indirects. « Les banques refinancent largement (à 75%) les crédits immobiliers à partir de l’épargne réglementée domiciliée dans leurs comptes. Or, le taux du PEL est passé de 2% à 1,5% le 1er février. Les ressources de refinancement devenant moins chères, elles ont pu être plus généreuses avec les crédits« , explique Michel Mouillart, professeur d’économie à l’université Paris Ouest et auteur de l’étude de Crédit logement. D’une certaine façon, le malheur des épargnants a fait le bonheur des
emprunteurs.

Gain de pouvoir d’achat

En parallèle, la saison se prête aussi aux promotions, car c’est au printemps que de très nombreux Français concrétisent leurs projets immobiliers. Enfin, les banques espèrent financer davantage de crédits à l’habitat que l’an dernier, où une grande partie des ressources a été mobilisée par les rachats de créances. Elles ont ainsi représenté plus d’un tiers (37,3%) des 204 milliards de crédits
versés. « À court terme, cela ne pose pas de problème aux banques, car elles facturent des frais et des pénalités de rachat. Mais, à moyen terme, leur activité sera affectée par la baisse du taux moyen des crédits immobiliers« , explique Michel Mouillart. Moins nombreux qu’en 2015, les rachats de crédit représentent encore 27% à 28% de l’ensemble des crédits.

 

« La baisse des taux des crédits immobiliers depuis 2011 équivaut à un recul des prix de 15,82% »
Michel Mouillart, professeur d’Économie Paris-Ouest

La baisse des taux des crédits immobiliers a indéniablement permis au marché immobilier de rester à flot ces dernières années. « Aucun dispositif d’aide publique n’aurait permis de soutenir autant le marché immobilier, avance Michel Mouillart. Elle a correspondu depuis 2011 à un recul des prix de 15% dans le neuf et dans l’ancien« , ajoute-t-il. Ce gain de pouvoir d’achat a permis à certains
ménages jeunes et modestes de devenir propriétaires. Grâce également au nouveau prêt à taux zéro (PTZ), entré en vigueur le 1er janvier, ils sont de plus en plus nombreux sur le marché. Il en est de même pour les secondo-accédants, c’est-à-dire ceux qui vendent leur résidence principale avant d’en acheter une plus grande. Redoutant l’été dernier une remontée des taux des crédits immobiliers, ils sont revenus. La reprise du marché constatée l’an dernier semble se confirmer en ce début d’année. Elle commence même à faire grimper les prix dans les grandes villes et surtout à Paris. « Après une baisse ininterrompue depuis quatre ans, la courbe des prix s’est inversée« , constate Laurent Vimont, président de Century 21 France.

Source : lefigaro.fr