Immobilier: la baisse des taux vous fait-elle gagner du pouvoir d’achat? [19-04-2016 17h31]

Jean-Louis Dell’Oro Les taux d’intérêt ont battu leur record à la baisse du printemps dernier. Pourtant, tous les acheteurs n’en profitent pas de la même façon en fonction de leur localisation.

Mois après mois, de nouveaux records sont battus sur les taux des crédits immobiliers. Avant l’automne, tout le monde ou presque s’attendait à une remontée progressive des tarifs sur le courant de l’année 2016. Et pourtant. La politique de plus en plus accommodante de la Banque centrale européenne (BCE) a entraîné dans son sillage un nouveau reflux des taux du côté des banques. La volonté des établissements financiers de maintenir les volumes des prêts octroyés aussi, alors que le marché immobilier se redresse. Résultat: le taux moyen s’élevait ainsi, toutes durées confondues dans l’ancien comme dans le neuf, à 1,97% en mars. « Jamais depuis la fin des années 40 les taux des crédits immobiliers ne s’étaient établis à un aussi bas niveau« , constate ainsi l’Observatoire Crédit Logement/CSA. Le plancher atteint au printemps dernier est enfoncé. Mais cette baisse profite-elle vraiment aux acheteurs?

Pour le savoir, il faut s’intéresser au pouvoir d’achat immobilier des ménages emprunteurs. Le courtier Meilleurtaux.com réalise justement tous les mois une analyse du pouvoir d’achat immobilier des Français dans les dix plus grandes villes de France. Avec cette question de départ: combien de mètres carré peut-on s’acheter en empruntant sur 20 ans avec une mensualité de 1.000 euros? Aujourd’hui, les Marseillais et les Toulousains sont les plus chanceux avec 86 m² de pouvoir d’achat. Viennent ensuite les Strasbourgeois (83 m²) et les Montpelliérains (82 m²). Les Parisiens, eux, font grise mine avec une capacité d’emprunt qui ne leur permettrait d’acquérir qu’un petit studio de 25 m².

Si sur les derniers mois, le gain est évident pour les citadins convoitant un bien dans les grandes agglomérations, cet avantage est beaucoup plus nuancé sur un an. En reprenant les données de mai 2015, date des derniers planchers historiques pour les taux, on constate que les Marseillais ont en réalité perdu 6 m² de pouvoir d’achat sur un an, les Strasbourgeois 1 m² et les Niçois 2 m². Les plus chanceux sont dans l’ordre les habitants de Toulouse et Lyon (+5 m²), de Montpellier et Bordeaux (+ 4m²), de Lille (+3 m²) et enfin de Paris (+ 1m²). Les Nantais, quant à eux, ont un pouvoir d’achat parfaitement stable comparé à celui qui était le leur en mai dernier. Les plus pointilleux pourraient également prendre en compte l’évolution de l’inflation. Mais avec un recul de l’indice des prix à la consommation de seulement 0,1% sur un an en mars, l’impact est négligeable sur le pouvoir d’achat réel.

Si les taux pratiqués par les banques diffèrent d’une région à une autre, c’est le plus souvent l’évolution des prix dans chaque ville qui explique ces écarts. A Marseille par exemple, le prix du m² a repris 9% entre mai 2015 et avril 2016 selon les données de SeLoger.com. Il a augmenté de 6,5% à Nice et d’environ 2,5% à Strasbourg d’après cette même source. Le retour des acheteurs sur le marché crée des frictions. En 2015, les transactions dans l’ancien ont bondi en France de 15,7% sur un an selon l’Insee. Les prix commencent même à remonter légèrement: +0,5% au dernier trimestre par rapport aux trois mois précédents (+0,0% sur un an) en métropole. Dans certaines villes où la demande est forte, les vendeurs commencent déjà à reprendre la main lors des négociations.   Source : challenges.fr